Sophrologie
La sophrologie, comme un art de vivre, un art de détente, du bien-être, du calme, de la confiance intérieure. Avec des exercices qui utilisent le souffle, la respiration et des mouvement de relaxation corporelle très doux, inspirés du yoga. Ces exercices sont à la portée de tous et adaptables aux circonstances. Ils permettent des prises de conscience sur le corps, le mental et les émotions du sujet. Elle s’adresse également à toute personne soucieuse d’utiliser au mieux ses ressources intérieures.
Pour commencer, faire de la sophrologie avec un groupe d’enfants sourds, cela tenait du défi, même si j’entrevoyais l’aide que pourrait apporter cette discipline dans de multiples domaines. Mais la situation est paradoxale, c’est comme si je voulais faire de la musique avec des sourds. Absurde non ! Et pourtant c’est bien avec la musique que cette histoire a commencé.
J’étais dans une salle un peu vieille avec mes élèves. Nous travaillions autour d’une grande table. L’ambiance était laborieuse et industrieuse. Nous fabriquions divers objets et d’autres étaient en attente sur les étagères. Un homme entra dans la salle pour contrôler notre activité. Alors Moïse, se leva, s’approcha d’un petit orgue positif et joua une toccata de Jean-Sébastien Bach. Et en cet instant, c’est comme si la musique donnait une couleur, une forme et un sens à tous ces objets de labeur que je n’avais jamais remarqué. Je vis que tout ce que nous avions fait, et tout ce que nous allions encore faire participait à la construction d’une cathédrale gothique …
Moïse est sourd et n’a jamais vraiment entendu une toccata de Bach. On l’aura compris, cette histoire est un rêve. Ce rêve m’accompagne depuis tant de jours .
Au moment d’introduire le récit de cette rencontre à trois : les sourds, la sophrologie et moi, ce rêve vient à mon secours, me donne par la musique une lumière sur cette histoire. Le paradoxe est éloquent car tout au long de ce chemin, il sera question de voir ce qui s’entend ou d’entendre ce qui se voit. Cohabitaient dans ma vie comme dans ce rêve des éléments laborieux, industrieux, artistiques qui paraissaient appartenir à des mondes totalement étrangers.
Tout d’abord mon travail avec les sourds depuis près de 20 ans : par ailleurs mon goût pour la musique et récemment à la faveur de rencontres, la sophrologie est entrée dans ma vie. Mon histoire avec les sourds aurait pu rester immuable jusqu’à la fin de mes jours. Une rencontre à deux, peut être une vraie histoire d’amour.
Mais quand apparaît un troisième sujet, il y a dialectique, mouvement et parfois naissance et vie …
Il y a une petite fille vivante et spontanée qui parle, raconte avec des mots d’enfant ses sentiments, ses expériences personnelles. De jour en jour, elle voit ses mots la trahir. Les adultes les détournent de leur sens, traitent la petite fille de menteuse et se moquent d’elle. Alors, un soir, elle fait le serment secret de surveiller chacune de ses paroles afin qu’aucune parcelle de sa vie personnelle n’échappe de sa bouche. Caprice d’un jour de déprime pour une adolescente de 13 ans. Promesse vite oubliée quand le chagrin sera consolé ? Pas du tout : voilà que le serment devient un grand jeu, une occupation essentielle qui mobilise sa vigilance de chaque instant : voilà que s’organisent de jour en jour de multiples stratégies secrètes. Il faut aménager les conversations, les questions, les réponses afin de respecter le serment, mais il faut faire en sorte que les adultes et les autres adolescents ne décèlent pas une bizarrerie dans ce comportement. Affiner de jour en jour le contrôle d’une apparente spontanéité.
Quelle meilleure posture pour celui qui ne veut rien livrer de lui même, sinon d’être celui à qui les autres se confient. Écouter, conseiller, consoler, reformule … C’est une place facile à tenir dans ces années d’adolescence. Certes, il y a aussi un sacrifice. Interdit de confier à qui que ce soit ni chagrin, ni peur, ni souci, ni espoir … Un silence implacable s’impose peu à peu. Et de ce sacrifice librement consenti se dégage peu à peu un sentiment de puissance, d’unité intérieure et extérieure.
L’entrée dans la vie adulte mène à des situations paradoxales : des années d’écoute attentive l’ont conduite après le bac vers des carrières sociales. Mais là, on ne joue plus : les tests et les entretiens de sélection ont montré les limites du grand jeu : « revenez l’année prochaine : vous aurez plus de maturité ». Alors commencer par travailler :
Un hasard, une inspiration, une chance, le destin peut-être, la nécessité sûrement :
Un institut de rééducation d’enfants sourds et muets embauche : un lieu où la parole est si différente qu’elle ne peut ni trahir, être trahie.
J’ai toujours entendu chanter dans ma famille, c’était aussi naturel que l’air que je respirait. Il m’a fallu devenir adulte, pour savoir que tout le monde ne respire pas le même air, que la musique ne chante pas dans toutes les têtes et ne rythme pas toutes les vies. Quand j’ai commencé à travailler, j’ai vu des enfants sourds apprendre la musique, flute, piano : ils jouaient en suivant la partition, ça me paraissait bizarre. La musique est une question « d’oreille » ? Moïse, l’enfant de mon rêve m’a ouvert les oreilles, à force de chanter toute la journée et d’inventer des rythmes étonnants avec tout ce qui lui tombait sous les mains …
Quel lien entre la sophrologie que je propose à mes élèves et la musique ? Peut-être simplement l’espoir : une porte que je pensais fermée s’ouvre. La surdité ne serait pas la prison que je croyais, et la sophro serait un moyen pour briser les barreaux de la prison où chacun de nous enferme l’autre et lui-même. La sophrologie est un monde d’images et de symboles. Elle est une approche globale de l’homme. Elle laisse place à la part de l’inconnu qui est en chacun de nous. Elle ne prouve pas. Elle n’explique pas, n’interprète pas. La musique, la métaphore, la poésie, le conte seraient des formes aptes à traduire ce monde.
Il y avait dans un couloir d’école de toutes petites filles en tablier. Elles étaient sourdes. Et moi j’avais 17 ans. Je suis resté captivée par la communication de ses enfants muets entre eux. Il y avait là quelque chose de familier pour moi.
Je suis venue y travailler. J’ai appris à parler avec les mains, avec les yeux, avec la bouche : la Langue des Signes (LSF). J’ai appris le métier : démutiser, enseigner, lire, compter, calculer, l’histoire, la géographie, les sciences, la vie civique. Et je suis allée avec mon bagage grandissant, d’école en école : région parisienne, puis Toulouse
C’est à Toulouse en 1998 que j’ai pratiqué la sophrologie avec un groupe de 7 élèves sourdes avec handicap associé. L’enseignement général et la pratique de la sophrologie avec l’utilisation du dessin pour échanger après la séance.
J’ai trouvé, dans la pratique de la sophrologie un outil pour développer ma propre imagination. Dans mon travail pédagogique .Par exemple : au bord du sommeil, je visualise une situation, des mots, des notions que je veux enseigner et je laisse venir des images. Quand elles viennent, elles sont nombreuses, et parmi toutes celles qui se présentent, plusieurs m’apportent des pistes, des idées nouvelles.
La vie dans ce groupe d’enfants a une qualité que j’ai souvent rencontré dans mes années d’enseignement : L’ambiance est intime, rarement agressive, teintée d’humour. Les relations entre les enfants sont intenses, la connaissance mutuelle qu’ils ont les uns des autres est profonde et s’exprime avec finesse. La solidarité est réelle. Mon propre rôle est discret car beaucoup de mécanismes d’auto régulation se mettent en place spontanément.
Dans ces conditions, j’enseigne peu « ex cathedra » mais crée des situations d’apprentissage. L’autonomie des enfants s’en trouve renforcée et ils peuvent acquérir plus de confiance en eux mêmes.
Aujourd’hui, c’est Carnaval à l’école : la tradition est de préparer un bonhomme et de le brûler dans un grand feu au cours d’une folle farandole. Une belle occasion pour nous de mettre en oeuvre nos apprentissages.
Nous avions utilisé le dessin à chaque séance de sophrologie. Aussi ce moment de dessin collectif apportait une conclusion bienvenue à notre travail.
Cette année, nous dessinons un squelette, grandeur nature. Jennifer se couche par terre sur un grand papier blanc et Moïse dessine des contours du corps. Chacun dessine les os : on se permet des fantaisies : grosses bagues sur les phalanges des pieds. Nœud papillon autour du cou, les métacarpes sont les branches d’un arbre, les dents ont des yeux et les orbites ont des dents. On affuble notre squelette de vêtements grotesques, de poils à la poitrine, de divers tatouages. Karine ajoute dans la note finale : un magnifique soleil en place du sexe.
J’aime cette heure grave et gaie : tous sont attentifs, éveillés, rapides et heureux.
Tout est permis pour chacun comme pour le groupe. Notre bonhomme est prêt pour le bûcher, mais on n’en reste en là.
Nous voilà partis pour un deuxième squelette. C’est sérieux : On compte les phalanges, les côtes, les vertèbres, on se compare on se mesure. C’est Jennifer qui sert de modèle : tout n’est pas à brûler chez elle, ni chez aucun d’entre nous. On peut faire la part des choses. Ce squelette restera affiché en classe pour nous rappeler ce qui nous fait tenir debout.
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