Tourniconte

Tourniconte 2001 2003 un conte tournant

En 1999, des professeurs pour enfants sourds venus de toute la France se réunissent à Paris pour envisager comment inclure l’ordinateur et Internet dans la pédagogie Freinet déjà mise en pratique dans certaines classes.

Au cours de cette réunion, 4 professeurs ont décidé de s’associer pour une correspondance par le biais d’Internet. Et pour créer un conte en utilisant une forme de jeu comme le cadavre exquis.

Arthur est le héros de ce conte tournant.

C’est l’objet de ce qui est relaté dans cette chronique. 

Quatre classes participent à ce projet. Les jeunes sourds de ces classes sont en difficultés scolaires, sociales, psychologiques. Une vingtaine d’élèves

Dans un premier temps, c’est une correspondance postale qui se met en place. Chacun dresse son portrait : dessins, photos, ce qu’il aime, sa famille, ses loisirs, ses amis …
Beaucoup d’outils sont à la disposition des élèves pour accéder au vocabulaire dont ils ont besoin : Dictionnaire visuel, Internet … 

Pédagogie Freinet : pédagogie originale mise au point par Célestin Freinet et son épouse Élise Freinet fondée sur l’expression libre des enfants : texte libre, dessin libre, correspondance entre les classes, imprimerie et journal scolaire, plan de travail individuel, fichiers et livrets autocorrectifs, organisation coopérative de la classe (temps de réunions hebdomadaire, cahier où les élèves et le prof notent : suggestions, doléances, conflits à résoudre … et qui servira de base pour établir l’ordre du jour. Y seront notés les décisions prises pendant la réunion) 

Pourquoi correspondre ? 

Je suis un élève (Olivier) : Je lis consciencieusement mon livre de lecture. J’écris de même : bonne tenue de mon crayon, des boucles, des pointes … J’écris sur les lignes, je rédige un texte, mais qui va me lire ? 

Je suis un élève sourd. Je reçois la lettre de mon correspondant.
Il écrit : dimanche, je suis allé au zoo. Etant sourd, c’est un mot que je n’ai jamais entendu et que je ne connais pas : je vais voir mon professeur.
Elle me fabrique une petite fiche avec quelques dessins.
Je vois un tigre au zoo, un éléphant au zoo, un singe au zoo, un serpent au zoo. Ah ! j!ai compris ce qu’est le zoo. Je cherche sur Internet des images d’animaux. Et je peux répondre à mon copain : Tu as vu une girafe au zoo ? 

Que s’est-il passé pour Olivier ? 

Sa curiosité a été éveillée : une enveloppe avec son nom. Une lettre avec une photo. Il le voit, celui qui écrit. Il est de chair et de sang, Il a des parents, un petit frère, un chat, il va au zoo. Il est réel. 

Il a cherché le sens du texte. Il en a compris une partie. Pour le mot zoo, le professeur n!a pas expliqué mais a donné des outils à Olivier pour qu’il trouve le sens du mot à partir du contexte. c’est la démarche adoptée pour toute la lecture dans cette classe. (Tâtonnement expérimental) 

Il a lu la petite lettre. Un peu difficile cette écriture manuscrite. Il recopie avec sa propre écriture et demande au professeur de vérifier. 

Olivier peut donc répondre à son correspondant. Il s’est débrouillé tout seul. Il en est fier. 

  • Pourquoi un conte collectif et tournant ?
    La pédagogie Freinet pratiquée dans les 4 classes inclut la notion de travail collectif, d’échanges, d’ouverture au monde. Les 4 sites : Toulouse, Asnières, Paris, Nantes, vont être présentés et découverts par les correspondants. Photos, cartes routières, notions géographiques – ville – montagne – campagne – mer peuvent ainsi être abordés d’une manière vivante. 
  • Le conte va susciter la curiosité et l’imagination des correspondants et les tenir en haleine toute l’année.
    Réaliser le site Tourniconte : quels objectifs ?
    La réalisation d’un site demande un apprentissage technique à la portée des jeunes sourds. C’est un travail d’écriture, de mise en page : choix des polices, des couleurs, utilisation des styles … Les professeurs donnent les outils et la trame. Ils évitent de modifier les idées des élèves, de faire à leur place. 

L’autonomie est un objectif majeur dans cette aventure.
C’est aussi l’usage du clavier, de l’imprimante qui relaient désormais la machine à écrire et les polycopies. 

« La machine à écrire deviendra un des outils les plus précieux et les plus appréciés par les maitres et les élèves. Complément de l’imprimerie à l’École et de la polycopie, elle est appelée à bouleverser notre technique scolaire, comme l’a bouleversée l’invention du papier ou la substitution de la plume métallique à la plume d’oie. […] 

Et la machine a pour les enfants, cet immense avantage que les résultats en sont immédiats : on appuie sur la touche, et la lettre reste marquée. » 

« La machine à écrire, outil perfectionné pour l’écriture rapide et parfaite et la polycopie des documents, sera comme le témoin de notre adaptation technique aux possibilités qui nous sont offertes par le progrès pour répondre avec toujours plus d’efficience aux exigences de nos complexes d’intérêts. »  Freinet

Et la grammaire ?
« Nous avons la prétention de réduire considérablement toute la grammaire formelle, de ramener peut-être à rien l’objet des leçons spéciales de grammaire parce que nous avons à notre disposition une technique de rédaction, d’expression et de recherche qu’il nous suffit d!exploiter pédagogiquement pour lui faire rendre, sans dogmatisme, ce qu’on a demandé en vain aux manuels de grammaire. » 

Et la discipline ? 

Dans un lieu où l’enfant est au centre du projet :

Où il n’est pas mis en concurrence avec les autres mais encouragé à la solidarité, au travail de groupe, Où il peut s’exprimer, 
Où il est invité à organiser son travail sur un plan de travail individualisé, avec des fiches, des outils de travail (Internet, livres, lexiques …)
Où existe un temps de réunion pour réguler les affaires en cours (conflits, doléances …)
Où le professeur n’est pas le distributeur de connaissances, de contrôles et de sanctions, mais le guide, attentif à chacun. Celui qui prépare et met à portée de ses élèves les outils dont ils ont besoin …

J’ai pris acte qu’alors se met en place une ambiance de ruche joyeuse où chacun s’affaire à ce qu’il a prévu de faire.
« Ces méthodes supposent une discipline nouvelle, la discipline de la ruche au travail, qui n’est pas la discipline du silence, mais la discipline organisée, fruit et résultat de cette organisation, qui aura, à première vue, l’aspect d’un certain désordre – mais dont on comprendra bien vite l’orientation nécessaire vers la discipline fonctionnelle et, non plus formelle qui équilibrera les individus et les préparera à la discipline collective dans la société du travail. »
« Avez-vous remarqué combien vos enfants, en famille ou à l’école, sont sages et faciles à supporter quand ils sont occupés, en totalité, à une activité qui les passionne ? Le problème de la discipline ne se pose plus : il suffit d’organiser un travail enthousiasmant. » 

Conclusion 

Ce travail a été un plaisir pour tous. Nous avons approché nos objectifs.  « Nous cultiverons avant tout ce désir inné chez l’enfant de communiquer avec d’autres personnes, avec d’autres enfants, surtout de faire connaître autour de lui ses pensées, ses sentiments, ses rêves, ses espoirs. Alors, apprendre à lire, à écrire, se familiariser avec l’essentiel de ce que nous appelons la culture sera pour lui une fonction aussi naturelle que d’apprendre à marcher. »

Sur ce site vous pouvez découvrir l’histoire d’Arthur héros de ce conte tournant

PS : Mutualiser les ressources : ce que nous avons fait aussi avec la lecture et la mise en page du roman Robinson Crusoe

 

 

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