Travail avec les familles

Au CESDA en 1986
Le travail avec les familles a été un travail d’équipe auquel ont participé le psychiatre et la psychologue, l’assistante sociale, les éducateurs et les enseignants.
Pour définir ce travail, je citerai ici Françoise Dolto parlant de l’autonomie :
Il s’agit de laisser l’enfant prendre sa liberté et en user. Pour cela, il est indispensable que les parents prennent de la distance vis à vis de lui et lui fassent confiance, ce qui ne veut pas dire lui exprimer de l’indifférence, bien au contraire. L’aimer autonome…” 

Avec ces enfants et leurs familles, nous avons connu des situations paradoxales: abandon ou surprotection, mais peu d’espace pour la confiance et la liberté.
Nous avons peu à peu défini deux axes dans notre travail : 

L’un tournant autour de la distance et de la séparation, l’autre s’appliquant à restaurer une zone de confiance entre les parents et leurs enfants.

1) Avec certaines familles, il s’agissait de tenir à distance une mère un peu trop présente et de permettre au père de trouver sa place dans la relation duelle mère-enfant. La mère, blessée narcissiquement par son enfant handicapé devait être aidée à réaménager ses investissements. (par exemple, une mère a repris ses études quand son enfant est entré en internat.)
Le père était invité expressément à venir sur le lieu de stage de son fils pour rencontrer l’employeur ; ou encore l’enfant devait rapporter son bulletin signé obligatoirement par ses deux parents (alors que jusqu’à présent, seule la mère en avait connaissance).
Pour les garçons en particulier, la reconnaissance du père, sa participation aux décisions concernant le jeune, était une condition sine qua non de son évolution. Impossible de sortir des jupons de la mère si le père ne tendait pas la main à l’enfant pour franchir le pas. Impossible d’aller vers l’apprentissage et la connaissance en restant dans la dualité mère-enfant, monde fusionnel dans lequel il n’est pas absolument nécessaire de parler pour se comprendre…
Et pour ces adolescents aux comportements incertains, le père pouvait apporter quelques notions de loi. La participation du père aussi minime soit-elle, était indispensable pour introduire la dimension de la loi. Loi sans laquelle il n’y a pas de socialisation possible. Loi qui préside aussi à toute démarche d’apprentissage.
Est-ce une coïncidence si les enfants de cette classe totalement privés de père comme Anne ou Katia, ont été si démunies quant à leurs chances d’intégration sociale? 

2) Le deuxième axe de travail avec les parents de ces enfants en échec tournait autour de la notion de réussite et de confiance.
Certains parents sont venus déjeuner au restaurant tenu par leur enfant. Ils l’ont alors rencontré dans un contexte différent du contexte scolaire habituel. Dans une situation de réussite, ils ont pu trouver leur enfant intéressant, et ils se sont sentis eux aussi valorisés

Une dynamique positive pouvait alors se mettre en place. Certains parents se rendaient compte que leur enfant était capable de faire des courses, de réaliser un plat, de servir à table avec classe. Alors peut-être qu’à la maison aussi, certaines choses seraient possibles. On pouvait peut-être lui faire confiance? (Cercle vertueux) 

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