Sylvie, élève au CESDA de Toulouse en 1986 et 1987 dans la classe coopérative qui s’occupe du restaurant :
Elle a 14 ans, sourde profonde, plusieurs hospitalisations avant l’âge de deux ans, dont une longue année passée dans le plâtre.
D’elle, on dit aussi qu’elle est caractérielle: mais elle n’est pas résignée: elle fera répéter dix fois la même consigne tant elle craint d’avoir à exécuter quelque chose qu’elle ne comprend pas. Elle utilise tous les supports de communication: L.S.F. écrit, dessin, mime, et cependant beaucoup de choses lui échappent. Il n’y a aucune commune mesure entre ses nombreuses erreurs et ses autres démarches logiques ; certes, elle manque de confiance en elle, mais aussi d’expériences et d’occasions de communication.
Peu de gens se donnent la peine de communiquer avec elle. Elle parle mais ce qu’elle dit est incompréhensible et dans la grande famille qui est la sienne (elle est la dernière de 9 enfants), personne n’a jamais appris les signes, Quant à son niveau de langue écrite, il est trop faible pour être utilisable. Elle demande souvent que l’école serve d’intermédiaire entre elle et sa famille (et réciproquement).
Je me demande quels sont, en dehors de l’école, ses modes d’accès à la culture et même à l’information la plus élémentaire. Ce vide culturel est présent à chaque instant chez cette fille curieuse et souvent réfléchie.
Dans le groupe, elle sera une des seules capable d’un raisonnement mathématique, ou grammatical. Malheureusement, elle n’a pu acquérir aucun bagage lexical. Elle ne peut mémoriser, même les mots les plus simples. Sa participation à la classe restaurant pendant ces deux années lui a permis de mûrir mais elle est rentrée en Algérie et a été mariée.
Laisser un commentaire